Escalade en Grande Voie au Torre Principal

Bien chers élèves du collège Pierre de Nohlac,

Après deux mois passés à grimper à travers la Patagonie chilienne et argentine, nous vous proposons un petit récapitulatif des techniques de grimpe en escalade dite “de couenne” et en escalade dite “de grande voie” en s’appuyant sur l’exemple de notre ascension du Torre Principal dans les aiguilles de Frey.

 

Escalade en grande voie – La théorie

La Grande Voie qu’est ce que c’est ?

Tout d’abord nous allons avoir besoin d’un peu de vocabulaire:

  • Une longueur correspond à une section d’escalade
  • Une voie est un itinéraire d’escalade
  • L’escalade peut-être sportive ou traditionnelle, en fonction des types de protection (détaillés plus tard)
  • Spit: point d’assurage fixé dans la roche

Un spit vissé dans le rocher

  • Les voies peuvent comporter une (couenne) ou plusieurs longueurs (grande voie)

L’escalade en couenne, l’assureur est au sol

Le qualificatif “grande voie” correspond donc à une voie dont la hauteur dépasse généralement 40m. Contrairement à l’escalade sur une longueur (couenne), il n’est plus possible pour le grimpeur de la gravir avec une corde de 80m. En effet, en couenne, le grimpeur redescend au sol après chaque ascension. Il a donc besoin d’une longueur de corde deux fois plus importante que la longueur de la voie. En escalade de grande voie, on ne redescend pas après chaque longueur mais l’on s’arrête sur des relais, c’est à dire des points d’assurage qui permettent de remonter la corde avant de commencer une autre longueur.

Un relai de grande voie en escalade traditionelle

Un relais de grande voie en escalade traditionnelle

Ces grandes voies peuvent faire de 60 à 1500 mètres (!) et l’équipement de la voie peut varier d’une absence complète de spits à de nombreux spits rapprochés. On peut classer les voies comme ceci:

– la voie est complètement équipée: des spits sont fixés dans la roche tout au long de la voie. On en trouve un tous les 3 m environ pour se protéger pendant l’escalade et deux formant un relais au bout d’environ 40m. C’est de l’escalade sportive.

– la voie est partiellement équipée: seuls les relais sont déjà placés, pour se protéger entre les relais, il faut utiliser des points de protection manuels. C’est le début de l’escalade traditionnelle.

– la voie n’est pas équipée: les relais sont à fixer ainsi que les points de protection entre. C’est de l’escalade traditional « pure ».

Les points de protection

Ils sont de deux types:
– les points dits “fixes” ou “spits”. Ce sont des plaquettes métalliques fixées dans la roche au moyen d’une perceuse. Ces points sont absolument sûrs. C’est à dire qu’ils peuvent résister à une charge de 2200 kg soit 22kN. En comparaison, la force maximale que peut subir un corps de grimpeur lors d’une chute est de 9kN.
– les points à placement manuel. Ce sont des points de protection que le grimpeur place au fur et à mesure de sa progression. Ceux-ci ont pris au cours de l’histoire de l’escalade des formes très variées.
Les premiers grimpeurs coinçaient des coins de bois dans les fissures ainsi que des sangles autour de becquets. Aujourd’hui, le matériel utilisé est majoritairement composé de friends et de coinceurs.

Les coinceurs ou Nuts:

Le coinceurs est composé d’un cube métallique relié à un câble. On coince ainsi ce cube dans une fissure, puis l’on attache (clippe) une dégaine au câble pour y passer la corde.

Le friend:

Le friend est une pièce plus compliquée. Elle est composée de plusieurs cames qui se rétractent manuellement et se détendent au moyen d’un ressort. Ainsi, une fois placées dans une fissure les cames se détendent et lorsque l’on tire dessus elles se coincent automatiquement.

image

Ces protection résistent dans l’absolu à des charges extrêmement lourdes. Tout l’enjeu étant alors de les placer correctement. Dans une fissure bien parallèle, un friend est parfaitement inébranlable. Lorsque la fissure est évasée, mouillée ou moussue, il peut sortir. Idem pour les coinceurs qui peuvent parfois sauter lorsque la force n’est pas dirigée dans l’axe du coincement.

Le relais:

Le relais est le point d’arrivée après une quarantaine de mètres environ.
Toute la cordée va s’accrocher dessus. Il est donc nécessaire que c’est points soient ABSOLUMENT SÛRS !! Car si le grimpeur de dessous chute, il va mettre en tension le système d’assurage fixé sur ce même relais. Lorsque le second grimpeur rejoint le premier au relais, les deux sont donc accrochés uniquement sur le relais.
C’est pourquoi le relais doit être réalisé sur 2 points de protections ABSOLUMENT SÛRS. Ainsi dans le cas où l’on fait le relais soi-même, il est préférable de placer 3 protections comme ci-dessous.

 

La grande voie dite « terrain d’aventure » ou « escalade traditionnelle »

À Cochamo et à Frey, où nous avons beaucoup grimpé, il fallut systématiquement placer friends et coinceurs et parfois réaliser nos propres relais avec.

Comme sur la photo du guide d’escalade ci-dessous, chaque voie est divisée en plusieurs longueurs.

image

 

Pour la gravir nous procédons ainsi de la manière suivante: un premier grimpeur part en tête (en premier) et place les protections jusqu’au relais pour s’assurer en cas de chute. Arrivé à l’emplacement du relais, soit celui-ci est déjà constitué de 2 spits soit il doit placer des protections pour en faire un. Il place ensuite le système d’assurage qui va permettre au second de monter et de récupérer les coinceurs et friends placés par le premier grimpeur.

Du relais, il va ensuite assurer le premier grimpeur qui va repartir dans la longueur suivante.

Préparation de la voie et évaluation des dangers

Une grande voie d’escalade prend généralement du temps (de 30 min à 1h par longueur ce qui en général nous occupe pour la journée voire plus) et le danger peut largement varier selon un certain nombre de paramètres que nous allons détailler ici.

Le milieu montagneux:

Plus l’altitude est élevée plus le milieu est froid et moins il est oxygéné (haute altitude, plus de fatigue, respiration accélérée) et plus il est sujet à de brusques changements météorologiques.
En alpinisme, il faut prêter une attention constante la météo, que ce soit avant ou pendant la voie.

La meilleure règle de sécurité en montagne repose sur la rapidité et l’efficacité de la cordée. Il faut donc bien connaitre et repérer la marche d’approche de la voie qui est souvent l’occasion de perdre une ou plusieurs heures à chercher le bon chemin et le bon départ de la voie. Il s’agit donc de bien étudier le topo-guide (qui comporte toutes les informations sur la voie) la veille et de minimiser le temps au relais dans les manipulations de corde.

Engagement et difficulté:

L’engagement correspond à la possibilité ou non de placer de bons points de protection (fissures adaptées à la pose de coinceurs ou friends). Plus l’engagement est élevé plus les possibilités de chute augmentent et la hauteur de chute avec. Cela correspond aussi à la hauteur de la voie et la facilité/rapidité avec laquelle l’équipe peut descendre/battre en retraite.
La difficulté/l’engagement sont en général fortement reliés à la beauté de la voie. Il faut donc bien connaître ses limites mentales et physiques et savoir s’arrêter à temps.

Descente et rappels :

90% des accidents en montagne ont lieu lors de la descente. Arrivé en haut, heureux et ravi par la vue qu’offre le sommet, le grimpeur oublie parfois qu’il reste la moitié du chemin à parcourir.
Une fois arrivé en haut, comment descend-on alors?

La cordée grimpe avec deux cordes de 60m que l’on passe dans les anneaux d’un relais.
Les grimpeurs descendent sur les deux brins au moyen de leur système d’assurage.
Une fois arrivés au relais en dessous, ils tirent la corde et répètent le processus.

Les dangers : lorsque l’on tire la corde, celle-ci tombe jusqu’au relais suivant. Lors de cette chute, elle peut se coincer avant le relais dans les fissures ou s’enrouler autour d’un becquet. Il faut alors remonter pour la décoincer ce qui fait perdre beaucoup de temps.
L’on peut aussi se perdre dans la ligne de rappels et chercher longtemps un relais sans le trouver.

Ces deux ennuis nous sont arrivés, l’un sur l’aiguille de la Campanile où nous avons remonté sur les cordes pour les décoincer, et l’autre sur une longue série de rappels à Cochamo où nous avons raté de nombreuses fois les relais car nous descendions dans la nuit… (ne pas oublier les frontales!!).
Il faut ainsi à nouveau bien étudier le topo la veille.

 

En espérant avoir été clairs, n’hésitez pas à nous poser des questions dans les commentaires! Nous y répondrons soit individuellement, soit à travers un article complet.

 

PS: Celui qui pourra mettre le prénom sur au moins deux collégiens perdus au milieu de la photo de couverture de l’article recevra un gros caillou des Andes.

PPS: Où est charlie ?