Nous sommes aujourd’hui le 11 Mai 2016. Trois mois nous séparent maintenant de notre arrivée à la Piedra Parada. Ses parois rouges et l’austérité de son désert nous ont pourtant retrouvés ici, sur l’altiplano du désert de l’Atacama au pied du petit village de Toconao. Mais avant de vous raconter les splendeurs de ces contrées il me faut revenir à nouveau un mois auparavant, disons le 7 avril, jour où nous quittons Puerto Varas pour Pucon.

Pucon, épicentre touristique du Chili où se côtoient volcans, lagunes et torrents dévalant les flancs basaltiques de ces géantes sentinelles des Andes, sera l’ultime étape avant le début de l’expédition. L’occasion pour nous de prendre en main nos nouveaux packrafts qui doivent nous permettre de franchir lacs et rivières au cours de notre périple. Les quelques heures de route nous éloignant de Pucon seront ainsi habilement diluées dans 3 ou 4 émissions de France Culture et nous arrivons dans la vallée du Trancura, dominée par le volcan Villarica dont les volutes rouges qui s’échappent du cratère et sont visibles la nuit, rappellent à tous ceux qui le contemplent que ce volcan a été le théâtre d’une explosion spectaculaire un an auparavant.

Il faut faire vite car la météo nous promet d’ici quatre jours l’assaut de féroces cumulus chargés de pluie jusqu’à la gueule. Difficile de se plaindre, en deux mois de grimpe nous n’avons connu que quelques jours de pluie et de mauvais temps dans une région où les précipitations sont censées (du moins à Cochamo) avoisiner celle de Brest par un mois de Décembre.

A notre arrivée donc, nous nous hâtons de gonfler les packrafts pour descendre les longs bras de la lagune du Trancura inférieur. Difficile de rester insensibles aux envols indignés mais gracieux de la multitude d’oiseaux que nous rencontrons au détour d’un bras de rivière ou à la réception d’un rapide. Difficile également de ne pas penser avec mélancolie que cette diversité fut certainement la même chez nous, dans un passé pas si lointain et dont la modernité nous a privé. Grisés par cet Eden, nous arrimons nos bateaux sur les bords du lac et contemplons la scène pendant qu’Alexandre s’en va chercher les quelques effets nous permettant de dresser le camp ici, à savoir, notre grosse Berta.

Eaux calmes sous le regard du VIllarica

Eaux calmes sous le regard du VIllarica

Nous enchaînons le lendemain la section plus ardue du Trancura supérieur. C’est ici pour nous l’occasion de confirmer les assertions de la notice d’utilisation des packrafts affirmant l’inaptitude de ces engins flottants à franchir des passages de classe supérieur à III. Les bateaux dépourvus de systèmes d’évacuation d’eau se remplissent en un rapide et nous naviguons donc à vue dans les bouillons de cette section en IV assis dans des baignoires affleurant la surface de l’eau, de telle manière que les bains qui s’en suivront n’en seront que très peu traumatisants. Il faudra donc restreindre nos objectifs lors de l’expédition à moins de bien vouloir souffrir l’inconfort d’un duvet détrempé par une fraîche nuit d’automne patagonien.

Vue de la place avant du packraft 2 places

Vue de la place avant du packraft 2 places

Dans le kayak une place, à l'endroit même où les habitants du 2 places ont pris un bain...

Dans le kayak une place, à l’endroit même où les habitants du 2 places ont pris un bain…

Dans les rapides, on suit la ligne définie par Henri, pilote du packraft 2 places

Dans les rapides, on suit la ligne définie par Henri, pilote du packraft 2 places

 

Nos aventures aquatiques ne nous détournent pas ainsi du désir des hauteurs, et comment le pourraient-elles puisque ce navrant spectacle se déroule sous l’autorité imposante du Villarica.

Le Villarica de nuit

Le Villarica de nuit

Cela nous mène tout naturellement à la deuxième partie de notre récit: le Villarica ou le spectre d’une amende de 300 dollars…

Après donc une très chronophage tentative de se mettre en règle avec la liste exhaustive de matériel et de pièces justificatives (carte de guide de haute montagne, radios HF, masques à gaz,…) exigée par la CONAF (organisme de gestion des parc nationaux), nous décidons de ne pas payer la sortie touristique organisée par une pléthore d’agences à un tarif éhonté, et choisissons d’initier l’ascension de bon matin afin d’admirer le rougeoiement de l’âtre au lever du soleil. Nous ratons naturellement d’une heure le réveil (réglé tout de même à 4h30, cela s’excuse), et nous réveillant en catastrophe, partons à pleine vitesse en direction du sommet.

Camp au pied du Villarica

Camp au pied du Villarica

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A une fastidieuse pente de cendres volcaniques se succèdent quelques pentes de neige puis enfin, un ressaut formé d’étranges contorsions de basalte nous amène aux abords du cratère. Saisissant spectacle que ces projections ininterrompues de lave dont les exhalaisons de souffre viennent parfois frapper nos visages. De l’autre côté, déchirant le linceul de nuages s’étendant à nos pieds, le volcan Lanin nous défie au premier plan, secondé en cela par une myriade d’autres monts crevant à leur tour la brume.

Le volcan Lanin au fond

Le volcan Lanin au fond

Le cratère bouillonant du Villar

Le cratère bouillonant du Villarica

Nous nous attardons quelque peu autour du gouffre, immortalisant cet instant dans l’objectif de nôtre appareil photo (dont nous avons récupéré le chargeur !). Nous n’oublions évidemment pas non plus nos classes de 4ème du collège Pierre de Nolhac et relevons en plusieurs endroits les échantillons les plus représentatifs des atypiques roches nous entourant.

C’est dans ces circonstances qu’arriva ce que nous pressentions tous, et qui nous pendait au nez. Nous croisons en effet quelques minutes plus tard les susdites compagnies de tourisme dont les guides mènent, encordés les uns aux autres sur les deux malheureuses pentes de neige d’interminables processions de clients. Nous sommes alors copieusement invectivés par le bedonnant guide acheminant cette longue cohorte. Celui-ci nous annonce, triomphant, que la police ( !) est à nos trousses. Son verbiage s’étiole puis se tarit devant notre volontaire manque de répondant et quelques centaines de mètres en contrebas nous expliquons à un guide bien mieux disposé notre cas avec un léger soupçon d’innocence feinte.

Naturellement nulle police ne nous attend en bas. Le seul désagrément recensé sera celui de défaire patiemment les 46 nœuds simples qui nouent les lacets de nos chaussures laissées au dehors à des fins de séchage, probablement la mesquine vengeance du guide en question… L’on nous indique cependant qu’il faut nous présenter au bureau de la CONAF afin de s’y expliquer. Nous y jouons alors la carte des benêts repentis et sortons de l’entretien légèrement penauds d’avoir tant alarmé le brave fonctionnaire de la CONAF responsable de l’enregistrement des ascensions sur un volcan en activité.

Sur ces entrefaites, les cumulus promis arrivent enfin, et crèvent leurs boursouflures au-dessus de la ville de Pucon où réfugiés dans un sympathique café, nous préparons l’expédition à venir.