I. L’altitude – quesaquo?

 

S’élever vers les cimes, gravir une montagne, outre la difficulté physico-technique, c’est aussi monter vers les plus hautes couches de notre atmosphère, surtout dans la cordillère des Andes, chaîne de montagne culminant à 6962 mètres et affichant une altitude moyenne de 4000 mètres. Or, lorsque l’on monte en altitude, la pression diminue et la quantité d’oxygène dans l’air suit la même tendance à tel point qu’en haut de l’Everest on respire un air 2/3 plus pauvre en oxygène qu’au niveau de la mer.

Evolution de la teneur en oxygène dans l'air en fonction de l'altitude

Evolution de la teneur en oxygène dans l’air en fonction de l’altitude

A 6000m, altitude classique dans la cordillère Royale où nous nous trouvons actuellement, nous disposons de moitié moins d’oxygène qu’à Versailles.

Lors de notre ascension du Huayana Potosi, nous avons bien senti le manque d'oxygène rendant la course très fatiguante

Lors de notre ascension du Huayana Potosi, nous avons bien senti le manque d’oxygène rendant la course très fatiguante

Soit, il y a moins d’oxygène dans l’air, et alors ?

L’oxygène est indispensable au bon fonctionnement de notre corps, que ce soit pour notre cerveau ou pour nos muscles. S’il y en a moins, notre corps va chercher à compenser le manque en sur-ventilant, c’est-à-dire en respirant plus fort et plus vite, et en augmentant la fréquence cardiaque pour faire passer le sang plus souvent par les poumons. Mais très vite, cela ne suffit plus et les premiers symptômes du Mal Aigu des Montagnes (MAM) apparaissent.

Après le simple essoufflement, des maux de tête peuvent se faire sentir, accompagnés d’une grande fatigue mais aussi de perte d’appétit, de maux de ventre et de troubles du sommeil. Bien entendu, plus l’altitude est élevée, plus les symptômes sont importants. Poussé à l’extrême, on assiste à des vomissements voire à des pertes de conscience et des glaires de sang. Ce sont là les signes inquiétants des œdèmes cérébraux et pulmonaires qui peuvent mener à la mort.

Heureusement pour nous, l’essoufflement est le symptôme majeur rencontré sur les montagnes.

 

II. De l’acclimatation

Fort heureusement, il est possible d’atténuer ces effets par la sacro-sainte acclimatation.

En effet, les stupéfiantes capacités d’adaptation du corps humain sont encore une fois démontrées en haute altitude. Outre l’immédiate sur-ventilation et augmentation de la fréquence cardiaque évoquées précédemment, notre corps met en place des mécanismes de réelle adaptation à plus long terme, permettant de vivre quasi-normalement en altitude. Le plus connu d’entre eux est l’augmentation du nombre de globules rouges dans le sang. Ceux-ci étant les porteurs d’oxygène dans le corps, l’augmentation de leur nombre permet de mieux alimenter le corps en oxygène.

Pour permettre au corps de mettre en place ces mécanismes, il est nécessaire de monter progressivement en altitude, l’idéal étant de monter 500m par jour dès 2500m, de se reposer, mais aussi d’effectuer des ascensions faciles à des altitudes proches des altitudes convoitées. C’était bien là l’objectif affiché, hormis la splendide vue et le plaisir de l’effort physique, derrière notre ascension du volcan Licancabur culminant à 5920m. Point de difficulté technique sur ce cône volcanique, une simple marche, mais l’essoufflement et la fatigue furent bien réels.

A terme, il est possible de se sentir bien jusqu’à 5500-5800 m, limite de la faculté d’adaptation du corps pour des habitants des plaines. Les Boliviens de l’Altiplano, nés et se mouvant quotidiennement entre 3500 et 4500m, gambadent quant à eux à 6000ms. Il en est de même des Sherpas, formidable peuple d’alpinistes vivant dans les montagnes Himalayennes et portant pour nous autres, pauvres européens assoiffés de conquêtes, les dizaines de kilos de matériel nécessaires à l’ascension de l’Everest, cette autoroute de la mort à 8 ?? m d’altitude où le simple fait de respirer est une épreuve presque surhumaine.

 

III. Des petits désagréments du quotidien

 

Si passer une bonne nuit à 5200m fût déjà bien compliqué (cf Article sur l’ascension du Huayana), il existe de nombreux autres petits inconforts liés à l’altitude.

Le premier d’entre eux est dû aux propriétés physiques de l’eau. La température d’ébullition de la source de la vie sur Terre dépend en effet de la pression et donc de l’altitude et évolue comme sur le graphique ci-après :

A l’enchantement passager de la vitesse à laquelle l’eau des pâtes bout suit donc l’amère déception de leur cuisson ratée, l’eau n’atteignant que péniblement les 83°C à 5200m d’altitude, loin des 100°C espérés.

Inutile de préciser que les velléités de cuisson de riz, voire de riz complet pour les plus téméraires d’entre nous, sont douchées par les lois de la physique, à moins de posséder une cocotte-minute*, équipement un peu encombrant pour une ascension alpine et un peu trop sophistiqué pour que notre Bertha.

Une perte d’appétit chronique, des maux de ventre et une digestion perturbée couplés à des besoins énergétiques décuplés apporte la dernière touche à ce tableau de la vie en altitude.

* la cocotte-minute permettant d’augmentant la pression dans la dite cocotte et donc, comme nous venons de le voir, d’augmenter la température d’ébullition de l’eau.