Nous sommes coincés à la Paz pour une semaine donc, dans un hotel où triomphe une atmosphère avec laquelle nous étions peu enclins à renouer: discothèque et entre-soi occidental. Il faut donc établir un plan de bataille audacieux pour ne pas moisir plus longtemps dans ce sinistre endroit où une pléthore d’australiens viennent étaler vers 3h du matin et au beau milieu du dortoir les conséquences navrantes de soirées biberonées au pisco et à la bière en quantités astronomiques. Nous fuyons donc au plus vite vers le massif du Condoriri, où malgré les sèches conditions de glace, nous avons entendu parler de goulottes praticables. Nos Vamos. Au lendemain nous remplissons le coffre d’un taxi de nos effets ainsi que de force nourriture (peine perdue, on le verra comment), et atteignons la belle vallée du Condoriri après avoir franchi non sans peine le dédale d’El Alto, charmante banlieue de la Paz où l’on rappelle à qui voudrait larciner dans les parages que le vol y est proscrit et sévèrement réprimé par les autochtones comme en témoignent les mannequins pendus aux lampadaires tout les 200m.

A l'approche du massif du Condoriri

A l’approche du massif du Condoriri

A peine installés au camp donc, nous sommes visités par le Guardaparque improvisé qui vient réclamer un loyer que nous jugeons tout à fait exorbitant par rapport aux informations lues sur internet. Nous flairons la duperie à plein nez et commençons de négocier au rabais ce péage indécent. Le rusé fait mine d’être accommodant et, souriant de toutes les dents qui lui manquent accepte le marché, et pour se faire justice, nous chapardera pendant la nuit notre sac de purée mousseline et de boîtes de thon… Patrick nous avait pourtant prévenu de ne pas contrarier les communautés du coin…

Le Pequino Alpamayo au petit matin

Le Pequino Alpamayo au petit matin

Entre temps nous rencontrons un américain débonnaire et vagabond souhaitant nous accompagner sur la directe du Pequeno Alpamayo demain. Difficile de tomber plus loin dans la caricature. Avec ses « Right on dude! », ses « you guys love this shit » en parlant du fromage, et sa quinoa à l’oreo, nous croyons être tombés sur un électeur texan de Donald Trump. Il n’en est rien. Nico est un type rudement sympathique et simple qui me traînera jusqu’en haut du Pequeno Alpamayo sans broncher. Parlons en d’ailleurs, l’altitude nous ménage toujours aussi peu. Seulement 5400m de haut et pourtant que la traversée du glacier fut longue. Deux trois longueurs ludiques de glace permettent ensuite à Aymeric d’initier Hugo à la cascade et à Nico de pousser de retentissant « FUCK! » en se débattant dans pentes de glace mal formées armé de pioches bien datées…

Henri et Nico en corde tendue dans la directe du Pequino Alpamayo

Henri et Nico en corde tendue dans la directe du Pequino Alpamayo

Aymeric en sort!

Aymeric en sort!

Petit sommet et grosse fatigue donc. Nous optons pour une journée plus simple le lendemain en attaquant une modeste mais esthétique cascade de glace en contrebas du glacier. C’est aussi l’occasion de scruter les lignes pour demain. El Nino a asséché un grand nombre de goulottes si bien que les images du topo sont méconnaissables. C’est à peine si l’on peut distinguer un couloir en condition entre le pic « A la Derecha » et le « Huallowen ». Les légendes colportées par les guides locaux nous font miroiter monts et merveilles de l’autre coté de certaines faces mais la longue approche rend la déception probable plus cruelle encore et nous ne souhaitons pas vraiment tenter le diable. Après un long et tortueux conseil de guerre, nous décidons de porter nos velléités sur un cigare entrevu dans l’engoncement d’un ressaut rocheux et qui semble suffisamment consistant pour être intéressant.

Courte mais bien jolie cascade de glace pour se remettre de la journée d'hier

Courte mais bien jolie cascade de glace pour se remettre de la journée d’hier

Le départ matinal imposé par le taxi retour nous amène de bon matin au pied de cette jolie ligne de 3-4 longueurs qui se cote en III III+ pour les deux premières longueurs et IV pour le cigare final. Ca n’est pas la goulotte de 300m escomptée mais la glace est bonne et nous nous régalons en ayant le sentiment d’avoir échappé à un échec piteux et prévisible dans le couloir aperçu la veille. La glace sèche nous force à modérer nos coups de piolets si nous voulons éviter de décrocher des frigos de glace et le ressaut final, un peu technique finit de nous rassasier alors que l’heure de la retraite sonne avec le taxi-retour.

Hugo décroche de belles assiettes de glace dans le ressaut final!

Hugo décroche de belles assiettes de glace dans le ressaut final!

Aymeric fait le couillon dans le ressaut

Aymeric fait le couillon dans le ressaut

Assurage en détente...

Assurage en détente…

Retour à la Paz où nous commençons à sérieusement envisager le programme péruvien.

Ici se termine nos aventures boliviennes. A vrai dire je ne suis pas fâché de quitter la Paz, fascinante mais fatigante cité qui nous a infligé tant de pénibles touristas et de frayeurs dans ses bouchons. Ses paysages arides et secs ont fini par me peser et j’ai hâte de retrouver un peu plus de verdure et de luxuriance dans les montagnes péruviennes.