Retour à la Paz où nous commençons à sérieusement envisager le programme péruvien. Avec la casse de la voiture, le timing s’est resserré. Cependant il est encore possible en faisant sauter les quelques visites culturelles suggérées, de faire tenir 3 ascensions solides plus quelques jours d’entraînement à Hatun Machay, site de couenne réputé. Nous avons dans la tête l’ascension de l’Esfinge (Le Sphinx), le Big Wall péruvien le plus réputé, par la voie de 1985. Ce monolithe de granite haut de 750m représente un défi non pas tant technique car la seule difficulté réside dans un toit un peu athlétique en 6b, mais dans la rapidité d’enchaînement des 18 longueurs qui composent cette voie. L’autre ascension envisagée est celle de l’Alpamayo. Emblématique face de la Cordillera Blanca nervurée de grands couloirs de neige à 70°. Avec un peu de chance il nous restera également quelques jours pour aborder une ou deux lignes de mixte.

Ainsi donc la voiture remise à neuf, nous abordons pressement les 2000kms de voiture nous séparant de Huaraz, capitale de l’andinisme péruvien et de l’andinisme tout court, tant est immense cette chaîne de montagne  qui surgit à ses pieds. La deuxième plus haute et large chaîne du monde après l’Himalaya (plus de 20 sommets au dessus de 6000 mètres), culminant à 6700m, offre un terrain de jeu incroyable pour les néophytes de les très haute montagne que nous sommes. Les clichés de ces sommets aux arrêtes charnues et déchirées par une multitude de corniches en suspension nous effraient aussi bien qu’elles fascinent, et les « ice-flûtes » de l’Alpamayo dansent dans nos têtes malgré les attraits du lac Titicaca que nous longeons puis quittons pour redescendre le long de la côte un mois après que nous montions sur les hauts plateaux chiliens. De ces trois jours de voiture, nous retiendrons quelques beaux paysages déserts et désertiques de la côte péruvienne ensevelie sous une grisaille de pierres et de brumes tenaces et inhospitalières, l’amer constat d’une corruption policière quasi-systématique à laquelle nous devons céder deux fois pour des broutilles (vitres fumées soi-disant illégales, plaque d’immatriculation en plastique….etc), et enfin d’excellents plats de truites frites depuis les abords du lac Titicaca jusqu’à Lima.

Lac Titicaca, au fond la Cordillera Real

Lac Titicaca, au fond la Cordillera Real

Le 4 juillet au soir, nous atteignons dans la nuit et les appels de phares (les nôtres sont réglés trop hauts) les hauteurs d’Hatun Machay. Nous avons donc 3 jours pour nous remettre à niveau avant de s’attaquer au Sphinx. Nous affûtons les chaussons et nous lançons de bonne heure sur ces étranges formations basaltiques aux formes tantôt élancées tantôt rabougries par le vent. La roche est cependant excellente et les croix ne tardent pas à tomber dans le 6 d’abord, puis dans le 7. C’est d’ailleurs à l’oeuvre dans un joli 7c à trous que nous rencontrons deux niçoises, Flo et Manon, qui nous tiendrons compagnie pour les quelques jours à suivre ainsi que pour des expériences culinaires de haute volée. En effet, le coffre de la voiture ayant accumulé un nombre certain de produits divers et bigarrés, nous nous sommes mis en tête d’engloutir tout cela dans un orgie crêpière dont l’aspect gargantuesque laissa à nos estomacs meurtris une funeste impression de trop plein.

Des ptits trous, des ptits trous

Des ptits trous, des ptits trous

encore des ptits trous

encore des ptits trous

Des trous de petites tailles

Des trous de petites tailles

Tombée de la nuit à Hatun Machay

Tombée de la nuit à Hatun Machay

A Huaraz, le mauvais temps capitonnant la Cordillère nous force à réitérer ce tour de force dans un nombre conséquent  de boui-bouis péruviens dont l’excellence de la cuisine ne se lasse pas de nous surprendre et nous émerveiller après la douloureuse expérience bolivienne. Il faut à cela ajouter un jour de grimpe dans un très sale et très quelconque site de bloc à une encablure de Huaraz avant que la fenêtre espérée n’apparaisse…

Il faut ajouter qu’entre temps, nous avons abandonné l’idée de se lancer sur l’Alpamayo tant les retours d’expérience ont été négatifs. Sacrée « plus belle montagne du monde » non sans raison, l’Alpamayo est malheureusement victime de sa beauté. Elle est ainsi assaillie par une pléthore d’agences touristiques qui, au mépris de toute éthique (et parfois de toute sécurité), posent des cordes fixes auxquelles parfois jusqu’à 8 clients montent simultanément rendant l’ascension en libre cauchemardesque. La face devient ainsi un dévaloir de morceau de glace décrochés par les clients de ces agences rendant la course dangereuse, désagréable et totalement aseptisée (marches taillées tout au long de la voie, ancrages déjà placés). Bref, je ne m’étalerai pas plus avant sur le dégoût que nous inspirent ces pratiques, vous informerai sobrement que, après de longues tergiversations, nous nous lancerons probablement sur une voie de mixte sur la Pyramide de Garcilaso qui semble en conditions d’après les informations données par les guides péruviens.

Journée bloc à Huaraz

Journée bloc à Huaraz